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Logement intelligent

 

En termes d’usage, « smart home », que l’on peut traduire par « logement intelligent », s’apparente à la notion de « domotique », faiblement entrée dans les échanges quotidiens. La domotique semble en effet regardée avec circonspection par les consommateurs français qui y voient sans doute, pour certains, une forme de gadget même si les volets, l’éclairage ou les alarmes pilotés à distance se sont désormais développés.
Un logement intelligent est une maison ou un appartement équipé(e) de différents types de capteurs électroniques ou objets connectés, relevant de ce que l’on appelle « l’internet des objets » (traduction de l’expression Internet of Things ou IoT). Ces outils permettent d’une part de collecter des données, d’autre part de répondre à des services à la demande.
Le « logement intelligent » englobe le même contenu que la domotique, c’est-à-dire le pilotage et la gestion des équipements domestiques, mais avec de nouvelles applications et perspectives liées au développement accéléré de technologies comme l’intelligence artificielle (IA). La différence est que l’IA et l’internet des objets s’appuient sur la collecte et le traitement d’informations concernant les comportements des occupants du logement afin de proposer un pilotage automatique de certaines fonctions, notamment adapté aux usages individuels. Par exemple, grâce à un algorithme d’apprentissage, un gestionnaire d’eau chaude connecté met quelques semaines à intégrer les habitudes d’une famille. Lorsqu’un individu arrive devant la douche, il peut ainsi savoir s’il y a suffisamment d’eau chaude en fonction de ses besoins habituels. L’appareil est également équipé pour les événements exceptionnels, du type « la famille reçoit des amis le week-end, ce qui implique plus d’eau chaude que d’habitude ». L’objectif in fine est de mieux gérer les consommations et les factures énergétiques.
Ces technologies, associées à de grandes capacités de calcul et de stockage des données, permettent aux habitants de surveiller ou de piloter ce qui se passe chez eux, directement de l’intérieur ou à distance grâce à différents tableaux de bord (état de la consommation d’eau ou d’électricité par pièce, liste des produits présents dans le frigo, évaluation de la propreté de la cuisine, ouverture de la porte pour la livraison d’un colis dans un espace sécurisé…). Elles visent également à profiter de services en temps réel (réaliser quelques exercices physiques en demandant au miroir connecté de lancer une application dédiée) ou à disposer de rappels en fonction de l’agenda (le miroir connecté lié à l’emploi du temps peut envoyer des alertes : « vous n’avez que dix minutes pour faire vos exercices ! », …). Le développement des assistants vocaux, dotés d’une intelligence artificielle, facilite les commandes par la voix.
Pour la majeure partie des habitants, l’usage des téléphones portables et d’Internet a constitué une accélération majeure dans la capacité d’appropriation de ces outils. Cette vie numérique nous suit partout et permet des interactivités entre objets. Il serait d’ailleurs plus juste de parler de « logement augmenté » plutôt que de « logement intelligent » car, grâce à l’installation de ces produits connectés, voire de robots adaptés à la maison, certaines tâches humaines se trouvent facilitées.
Tous ces objets ne sont pas encore arrivés à maturité opérationnelle. On peut imaginer que demain, grâce à la captation de nombreuses données sur le quotidien des foyers, des produits mieux adaptés encore aux habitudes des usagers verront le jour.
Le logement intelligent renvoie également à d’autres questions liées au confort, à la santé et au bien-être, sujets de plus en plus importants vu la sensibilisation accrue aux modes de vie sains. La boîte à pharmacie connectée alerte quand, par exemple, une personne âgée va prendre deux fois un médicament.
Ces outils restent utilisables grâce au développement d’infrastructures réseaux de qualité. Ce n’est pas le cas sur tout le territoire français, du fait de l’absence du très haut débit dans de vastes zones à faible densité de population. L’arrivée de la 5G, voire de la 6G, ne peut s’imaginer sans résorption de ces disparités. Ce point apparaît d’autant plus important que les objets seront davantage capables « de se parler entre eux ». L’inter-connectivité au sein du logement, mais également au niveau d’un bâtiment, voire d’un groupe d’immeubles, fait l’objet de réflexions dans le cadre notamment de la ville, elle aussi intelligente (« smart city »). Autre question auquel renvoie ce sujet : le bilan carbone de tous ces objets. La consommation énergétique de ces appareils et le volume de données qu’exige leur fonctionnement incitent à développer de nouvelles capacités de stockage au plus près des usages, de préférence à des datacenters géants distants de plusieurs milliers de kilomètres.
L’analyse des millions de données recueillies permet, certes, de mieux appréhender les besoins dans de nombreux domaines, mais vise aussi à gérer la maintenance des équipements de manière prédictive et à éviter des déplacements inutiles en cas de panne. En matière d’exploitation des immeubles, ces capacités d’analyse ouvrent la voie à de nouveaux métiers. Il reste que l’usage qui peut être fait de ces données doit être sérieusement encadré, que ce soit au titre de la protection de leur confidentialité ou au regard des impératifs de la cybersécurité.

Claire Guidi
Avril 2020