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Bricolage

La maison est, sans nul doute, et plus encore lorsqu’elle est dédoublée dans une seconde résidence, le lieu de prédilection du bricolage. Ce terme étrange, aux connotations péjoratives malgré la réhabilitation théorique qu’en ont opéré récemment les sciences humaines, désigne l’ensemble des activités, dévolues à l’homme de préférence (mais en cours de féminisation), relevant de la production domestique d’un ménage (dont on a montré qu’elle égale entre un quart et un tiers du PIB). Plus précisément, on regroupe ainsi les activités productives qui pourraient être déléguées à des artisans patentés (peinture et papiers-peints, menuiserie, électricité, plomberie, mécanique, maçonnerie, etc.), ou être l’objet d’achats de biens et de services, qu’elles concernent ou non l’habitation et le bâtiment qui l’abrite. Ce sont plus de 13 millions de ménages qui sont, peu ou prou, concernés.
Les travaux développés dans les dernières décennies (Bonnette-Lucat 1990-91, Brenac 1985, Zarca 1987-88, Jarreau 1987, Rolland 1983), permettent de le décrire plus précisément. Ce bricolage se développe évidemment en corrélation avec l’habitation en maison individuelle, et de préférence en propriété. Mais on ne saurait dire si c’est ce mode d’habitat qui a impliqué le bricolage, ou si l’on a choisi d’habiter une maison précisément pour pouvoir exercer pleinement tous ses dons. Le plus probable est une corrélation indissociable, qu’il faut prendre comme un ensemble.
Bien sûr, le taux de réalisation par le ménage varie en fonction de la difficulté technique de la tâche : la plomberie et l’électricité seront plus souvent confiées à des artisans. Par ailleurs, le bricolage demeure encore, de manière écrasante, une tâche masculine. Mais on aurait tort d’oublier tout l’ensemble des tâches, moins bien connues encore, qui ont plus trait au décor de la maison et de ses abords, à tout ce qui contribue à produire le « logement nécessaire » et attendu (Bonnin), et qui est réalisé par les femmes le plus fréquemment. Quantitativement, ce sont principalement dans les familles, les ménages avec enfants dont les parents ont entre 30 et 50 ans, que l’on bricole le plus. L’absence de revenus, ou inversement des revenus très importants en font baisser la pratique, tandis que des connaissances techniques de tous niveaux (du CAP aux brevets techniques supérieurs, voire un diplôme d’ingénieur), en favorisent l’éclosion.
Les significations culturelles du bricolage se découvrent non seulement dans son usage (c’est autant une activité créatrice, une certaine attitude vis à vis du monde concret, sinon plus qu’un calcul économique), dans les relations aux autres (l’aide du réseau amical et familial est fréquemment mobilisée, si ce n’en est pas le principal moteur), mais aussi dans une relation aux matières et aux matériaux, dont les spécialistes (Bonnette-Lucat) ont montré l’implication très « bachelardienne ».

Philippe Bonnin
Mars 2015

→ « La double résidence », « Entretenir son logement », cave et grenier, « Le chez soi : habitat et intimité », « Le décor domestique »