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Effet économique, effet d’aubaine

L’analyse de relations entre le bâtiment et le reste de l’économie souligne que les emplois liés à l’activité de ce secteur constituent un ensemble beaucoup plus vaste que les seuls emplois des entreprises de construction ou de réhabilitation. A un emploi du bâtiment correspond près d’un emploi dans l’industrie, le négoce, le transport, les divers services immobiliers, les banques etc.
Le fort contenu en emplois de l’activité de bâtiment, l’effet d’entraînement sur de nombreux secteurs connexes qui constituent la filière expliquent, notamment du fait d’une légitimité sociale de l’Etat à intervenir dans ce secteur, le rôle central joué par le bâtiment et le logement dans la mise en oeuvre des politiques macro-économiques de relance.
Les enseignements des modèles et études soulignent quelques effets bénéfiques qu’exerce une relance de la construction de logements sur l’économie générale.
L’accroissement d’activité entraîne, de proche en proche, tous les secteurs de l’économie et induit un processus multiplicateur du produit intérieur. Ce phénomène est amplifié par l’importance des consommations intermédiaires du secteur alors même que la production de la branche est peu affectée à des emplois intermédiaires. En d’autres termes, le bâtiment est un client privilégié pour les autres branches, ce qui fait qu’une croissance de l’activité se répercute  par vagues successives à l’ensemble de l’économie.
La branche se caractérise également par son fort contenu emploi. Chaque logement neuf supplémentaire correspond à 0,7 actif direct pendant un an (emploi) et à 1,5 emploi au total. Ce dernier chiffre est relativement constant dans le temps, en revanche l’importance des emplois directs tend à diminuer ne serait-ce que du fait de l’évaluation des techniques de production qui emploient des matériaux  plus riches en valeur ajoutée.
Hors produits énergétiques, la construction n’entraînent pas de graves perturbations sur l’équilibre extérieur et se développent à l’abri de la concurrence internationale.
Si les effets de la construction sur l’économie sont aussi favorables, pourquoi ne pas les utiliser systématiquement et massivement comme levier en cas de ralentissement de la croissance ? C’est qu’il existe évidemment des freins divers qui tiennent :
– à la confiance modérée que certains accordent à la science macro-économique ;
– aux effets prix inflationnistes de toute relance, de toute aide, même si ce dernier point continue de faire l’objet de vastes polémiques ;
– le plus probablement, à l’existence d’une demande finie, même s’il existe toujours des besoins ;
– à l’existence d’effets d’aubaines. Ce point est important puisqu’il conditionne en grande partie la réponse à la question de savoir si la relance par la construction est, ou non, neutre du point de vue des finances publiques, en ce sens que les dépenses qu’elle suscite de la part de l’Etat sont ou non compensées par les rentrées fiscales ( TVA, etc.).
Il importe donc d’éclairer la notion d’effets d’aubaine. En effet, une incertitude cruciale  se pose pour toutes aides : combien de personnes vont-elles bénéficier de la subvention pour, en l’occurrence, construire ou acheter un logement (voir le réhabiliter) alors qu’elles auraient eu de toute façon l’intention d’acquérir ou de réhabiliter les mêmes logements ? Il s’agit là de ce qu’on appelle « l’effet d’aubaine » qui réduit l’impact des aides de l’Etat sur l’investissement logement. Faire la part de cet effet conditionne le diagnostic tiré de l’analyse macro- économique.
Les études et analyses réalisées sur le sujet ont focalisé les polémiques depuis plus de 10 ans maintenant. Ainsi par exemple pour le défunt PAP, les évaluations s’étalent entre 10% à 90% d’effets d’aubaines selon les auteurs. L’INSEE en son temps avait avancé un chiffre de l’ordre de 50%.
En tout état de cause, le débat reste ouvert et recouvre très souvent une querelle d’école entre Keynésiens et libéraux. Il atteste aussi des limites de l’analyse économique et des modèles existants à rendre compte de la réalité des comportements.

Bernard Coloos
Janvier 2019

filière (construction)