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Sols imperméables, imperméabilisation

Les sols imperméables sont recouverts d’une couverture minérale hermétique, « scellés » ou « minéralisés » pour reprendre la traduction littérale de notions anglo-saxonnes (Soil sealing). Ils diffèrent des sols artificiels, ou artificialisés. Certaines zones dites non artificielles sont imperméables (roches nues) et des zones dites artificielles sont perméables (espaces verts, zones récréatives et de loisirs, jardins associés à l’habitat individuel).
Les sols sont imperméabilisés par leur revêtement (ex. asphalte) ou par l’existence de bâti. La proportion de surfaces imperméables varie fortement d’une ville à l’autre. A Paris, le cumul de la voirie et du bâti (toits, bâtiments) représente en moyenne 80% de la surface de la ville, 20% étant des sols végétalisés. A Nantes, la part de la ville imperméable tombe à 51,3% et à La Roche Sur Yon à 30%. La clé d’entrée des pédologues, des hydrologues et de la plupart des biologistes est le degré d’imperméabilisation des sols, car c’est de lui que dépend le niveau des perturbations subies par le sol. Celles-ci sont de plusieurs ordres, principalement hydrauliques et biologiques.
Sur le plan hydraulique, « les principales conséquences environnementales de l’imperméabilisation des sols d’ordres hydrauliques [modifient] le cycle de l’eau, en aggravant les phénomènes de ruissellement pluviaux et en diminuant l’infiltration naturelle de l’eau dans le sol et son pouvoir filtrant. Les conséquences environnementales peuvent être également chimiques, avec le transfert de nombreux polluants susceptibles d’être véhiculés dans les eaux de ruissellement puis transférer vers les milieux récepteurs » (Béchet et al., 2017).
En ce qui concerne la biodiversité, les sols sont, avec les étendues marines, les principaux réservoirs de biodiversité de la planète. « Les microorganismes représentent les principaux organismes des sols en termes de biomasse et de biodiversité. Ils sont essentiels pour le fonctionnement des écosystèmes terrestres et en particulier des sols (cycles biogéochimiques, fertilité, régulation des flux de gaz et d’eau…) » (Béchet et al., 2017). Les méso- et micro-invertébrés, ainsi que la macrofaune, sont les autres composantes de la biodiversité des sols. Leur imperméabilisation est l’atteinte la plus grave qui soit portée à cette biodiversité.
Pour combattre ces effets, selon Béchet et al. (2017), on assiste à « l’émergence de techniques nouvelles, telles que les puits d’infiltration, les noues, les filtres plantés, les bassins secs ou en eau, les toitures végétalisées […], ayant pour objectif de stocker et d’évacuer des eaux pluviales mais également parfois un objectif de dépollution, lorsque la végétation permet une bio-accumulation ou lorsque le sol assure au moins partiellement un piégeage et une dégradation des contaminants. L’infiltration remplit également un autre rôle environnemental puisqu’elle contribue à la réalimentation des nappes ».
En particulier, « la végétalisation des toitures permet une réduction très significative des volumes de ruissellement issus de l’enveloppe bâtie à une échelle annuelle, et contribue par ce biais à la maîtrise des flux polluants ». De même, « les parkings perméables végétalisés montrent une capacité d’abattement des concentrations des matières en suspension d’au moins 60% en comparaison avec des eaux de ruissellement de surfaces imperméables, grâce à la filtration des particules » (Béchet et al., 2017).

Les éléments ci-dessus sont extraits d’un rapport d’évaluation scientifique collective (ESCo) réalisée par l’INRA et l’IFSTTAR : Béchet B. (coord.), Le Bissonnais Y. (coord.), Ruas A. (coord.), 2017, Sols artificialisés et processus d’artificialisation des sols, Déterminants, impacts et leviers d’action. INRA, 609 pages.

Jean Cavailhès
Octobre 2019

Artificialisation des sols