L’Institut Paris Région menacé de démantèlement

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Pour des raisons d’économies budgétaires, la présidente de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse, envisage d’intégrer les services de l’Institut Paris Région, (IPR, anciennement IAURIF), dans ceux de la Région. Les personnels de l’IPR s’opposent à ce projet, faisant valoir qu’il aurait inévitablement pour conséquence une perte d’indépendance qui remettrait gravement en cause sa crédibilité (cf. lettre ouverte).
La qualité des travaux de l’IPR, dont l’activité se déploie dans des domaines divers (urbanisme, transports, environnement, démographie, logement, emploi…) est unanimement reconnue. Elle tient, bien sûr, à la compétence de ses équipes, mais aussi à cette indépendance que défendent jalousement ses personnels. Et elle nécessite des moyens, lesquels ne sauraient être notablement réduits sans que cela altère les productions de l’Institut.
Dans le domaine du logement, qui nous intéresse particulièrement, l’IPR produit des travaux d’un grand intérêt, avec des angles de vue souvent originaux et toujours pertinents. Citons parmi bien d’autres, pour la période récente, des études sur la vente HLM, le logement locatif intermédiaire, l’essor de la colocation, le logement des travailleurs essentiels, les marchés fonciers, le ZAN et la maison individuelle, le logement des étudiants et, périodiquement, un panorama des conditions de logement en Ile-de-France établi d’après l’enquête logement.
La perte de l’indépendance de l’IPR et de son financement remettraient gravement en cause cette activité. C’est pourquoi le comité de rédaction de politiquedulogement.com partage les inquiétudes des personnels de l’IPR et soutient unanimement leur démarche.
Nous publions ci-après la lettre ouverte qu’ils ont adressé à la Présidente de la région Ile-de-France.

La rédaction

Pour signer la pétition

Lettre ouverte à la Présidente de la Région Île-de-France

 Madame la Présidente,
Dans votre région se trouve, vous le savez, la plus grande agence d’urbanisme et d’environnement de France – et même d’Europe – et la plus ancienne : L’Institut Paris Région.
Depuis sa création en 1960 par Paul Delouvrier comme fondation d’utilité publique au service de l’Etat, jusqu’à sa récente transformation en association aux multiples partenaires, son rôle dans l’expertise métropolitaine et la reconnaissance de la qualité de ses travaux n’ont jamais été démentis.
Aujourd’hui, vous en êtes la présidente, dépositaire de l’histoire dont elle est porteuse et garante du maintien de l’exigence de ses productions : données, cartographies et analyses des 200 experts qui y travaillent (urbanistes, architectes, écologues, rudologues, démographes, sociologues, économistes, statisticiens, géomaticiens…), sur des thématiques aussi diverses que l’aménagement, l’environnement, les transports, l’habitat, la formation, la santé publique, le sport, la sécurité, etc. Cette richesse de données et d’expertises constitue un outil inestimable de diagnostic et d’aide à la décision pour accompagner l’Île-de-France dans les défis qui lui font face. Tous les élus et, au-delà, tous les citoyens ont accès à ces travaux qui sont un bien commun issu des financements publics.
Tout récemment encore, cet outil vous a permis, en un temps record, de bâtir un nouveau projet d’avenir pour la région-capitale : Île-de-France objectif 2040, SDRIF.E.
Et pourtant, parallèlement, vous engagez un projet de rationalisation des moyens de L’Institut qui hypothèque son devenir même et suscite une vive inquiétude partagée par ses salariés comme par les acteurs de la recherche coopérant régulièrement avec eux.
De quoi s’agit-il ? Au-delà de nouvelles coupes budgétaires, votre projet est que L’Institut Paris Région rejoigne les services régionaux, au mépris de sa nécessaire indépendance scientifique et technique, dans des locaux sous-dimensionnés qui affecteront le collectif de travail, la capacité d’œuvrer ensemble et d’échanger avec l’extérieur. Cette ambition d’une économie à court terme met en danger une institution née avant même la création des régions, qui accompagne au quotidien les décisions de nombreux élus franciliens. Le risque est de lui faire irrémédiablement perdre l’indépendance intellectuelle qui lui vaut d’être reconnu aussi bien par le monde académique que par les acteurs de l’aménagement et par tous ceux qui œuvrent à la construction d’une Île-de-France où il fait bon vivre ensemble.
Cette indépendance indispensable à la confiance accordée aux productions de L’Institut Paris Région nécessite que soit maintenue une distance, physique et symbolique, avec le politique. C’est une garantie de neutralité, d’intégrité et de qualité de travaux réalisés pour le bien commun.
Vous qui avez été ministre de la Recherche et de l’Enseignement supérieur, vous qui connaissez le prix de l’indépendance intellectuelle pour garantir la solidité de travaux d’études, de recherches et de prospective, souhaitez-vous la perte de cet Institut qui pense l’aménagement régional et l’avenir des Franciliens ? Allez-vous provoquer la disparition de cette agence d’urbanisme unique en son genre, enviée par les plus grandes métropoles européennes, au profit de cabinets de conseil privés dont l’intérêt public n’est pas le principe d’action et dont les travaux ne seront plus accessibles au plus grand nombre ?

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