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Chef de ménage

 

Avant 1982, les questionnaires des recensements et des grandes enquêtes demandaient aux personnes interrogées dans un logement de désigner l’une d’entre elles pour représenter le groupe domestique domicilié à une adresse donnée. Cette personne était considérée comme le « chef de ménage ». Désormais, une fois les résultats des recensements ou des enquêtes dépouillés et entrés dans la base informatique, on recourt à une série de règles systématiques et hiérarchisées pour déterminer la « personne de référence » du ménage.
Ce changement de définition a eu deux motifs. En premier lieu, il a permis de gagner une meilleure précision statistique grâce au caractère systématique des règles qui sont désormais appliquées de façon automatisée. Dans cet ordre d’idées, il faut noter que c’est l’intense développement technologique de l’informatique qui a permis de généraliser de tels recodages – auparavant ceux-ci auraient dû être effectués manuellement – en même temps qu’il a rendu possible la multiplication d’analyses et de prévisions de plus en plus fines – et induit une demande accrue de précision. Et d’autre part, cette innovation est venue entériner les transformations socio-économiques considérables qui ont caractérisé la France, et nombre d’autres pays, à partir de la décennie 1970. Ces évolutions ont conduit à une autonomisation des individus vis-à-vis de leur conjoint, de leurs parents et de leur famille étendue : ces changements proviennent autant de la forte croissance économique de l’après-guerre que de celle de l’offre de logements ou de la libéralisation des mœurs familiales ou personnelles. De ce fait, la qualité de « chef de ménage » a fortement évolué. Dans le cas de plus en plus fréquent où le ménage est réduit à une seule personne, la notion de « chef » semble globalement inappropriée, de même qu’elle peut l’être souvent pour qualifier la personne qui se voit chargée de la garde des enfants après une séparation. Mais surtout, avec le développement du travail salarié des femmes, la reconnaissance de la responsabilité parentale de la mère et un meilleur partage des tâches domestiques, les situations des deux conjoints à l’intérieur du couple s’égalisent. Il n’y a plus de « chef » !

Denise Arbonville
2003

ménage, cohabitation, adresse, « Evolution de la famille et modes d’habiter : les grandes évolutions depuis les années cinquante », statistiques sur le logement