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Le logement face à la crise sanitaire

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Note d’analyse n°3, octobre 2020. Plan Urbanisme, Construction, Architecture (PUCA).

Le Plan Urbanisme, Construction, Architecture (PUCA) a publié une note sur les effets de la crise sanitaire sur le logement. Il s’agit, pour l’essentiel, d’une revue de la presse quotidienne généraliste. On y trouve des éléments connus, tant ils sont présents dans toutes les analyses sur le sujet, et quelques autres moins souvent mentionnés.
Concernant les premiers, « deux tendances principales [se] dégagent : la nécessité de créer des logements plus grands et de les doter d’espaces extérieurs » (p. 8), ainsi que les « problèmes préexistants de sans-abrisme et de mal logement. [La crise] exacerbe les problèmes liés à la suroccupation, aggrave les situations d’isolement et met en exergue les défauts des logements » (p. 2).
La référence à La Maison radieuse de Le Corbusier est également habituelle chez les architectes. « Tous les architectes du début du XXe siècle devaient tenir compte des questions sanitaires, explique Antoine Picon. Au cours de cette période, quand le choléra frappe Paris, c’est à peu près 10 000 morts à chaque fois… ». C’est pourquoi, dans la Maison Radieuse, chaque logement bénéficie d’une double orientation, côté est et côté ouest, ce qui permet de créer un courant d’air pour renouveler l’atmosphère. Les couloirs des espaces communs sont très larges, permettant une distanciation physique.
D’autres articles questionnent les espaces intermédiaires extérieurs, collectifs mais privés, assez peu traitée en France. Des auteurs considèrent que « l’expérience du confinement a révélé un intérêt particulier à l’environnement immédiat des logements. Ainsi, pendant le confinement, la question de l’intimité/promiscuité des logements s’est trouvée mise en avant de même que celle des espaces partagés ou des espaces intermédiaires. (…) Comment les échanges sociaux pénètrent-ils à l’intérieur via les balcons, les paliers ? Comment les espaces communs sont-ils négociés entre voisins ? » (PUCA, p.4). Ces questions s’inscrivent dans un urbanisme des « communs » (Elinor Ostrom[1]) pour lequel certains espaces extérieurs sont des communs, ce qui fait écho au mouvement des cités-jardins[2].
Face à l’expérience totalement inédite du confinement des ménages dans leurs logements, il n’est pas étonnant que les architectes s’interrogent sur ce qu’est un logement, son intérieur et « son extérieur », de même que les urbanistes s’interrogent sur l’usage de la ville dense et de la campagne, apparemment désirée en période de pandémie. Les journalistes et les chroniqueurs, toujours à l’affut de questions nouvelles et originales, font état de ces questionnements. Il est probable que certains effets de la crise sanitaire seront durables (le balcon, le vélo, etc.). Mais que d’autres vont s’estomper et disparaître au fil du temps, lorsqu’il sera redevenu normal. Les ménages raisonnent le logement et sa localisation sur le temps long, ce qui se traduit par une grande inertie de leurs décisions.

Jean Cavailhès
Janvier 2021


[1] Elinor Ostrom, 1990, “Governing the Commons: The Evolution of Institutions for Collective Action”.

[2] Ebenezer Howard, 1898, “To-morrow: A peaceful path to real reform”.

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