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Migration

Déplacement ou ensemble de déplacements d’individus ou de groupes, dans l’espace physique.

Il existe différents types de migrations. Faire une typologie des migrations exige de prendre en compte plusieurs critères importants : l’espace, le temps, les acteurs impliqués et leurs caractéristiques.
L’espace intervient par la qualification précise des lieux d’origine et de destination et par la distance physique qui sépare ces deux lieux.
Le temps intervient également de diverses manières : durée de présence dans les différents lieux, durée du déplacement d’un lieu à l’autre, fréquence des déplacements entre les deux lieux.
Enfin, pour comprendre la nature de la migration, il est nécessaire de savoir quels sont les acteurs, ou quelles sont les caractéristiques des acteurs qui y participent.
La première grande distinction d’ordre spatial oppose les migrations internationales (lorsque le lieu d’origine et le lieu de destination se situent dans deux pays différents), des migrations internes à un pays. Les migrations internationales sont elles-mêmes de natures diverses, selon la durée du séjour et le motif de ce séjour.
Parmi les migrations internes, on distingue les migrations résidentielles, ayant pour effet de transférer la résidence d’un individu d’un certain lieu d’origine à un certain lieu de destination, des migrations quotidiennes qui s’effectuent entre le domicile et les différents lieux fréquentés (en particulier, le lieu de travail), des migrations saisonnières, liées au tourisme en particulier.
Certains auteurs considèrent qu’un changement de résidence n’est une migration qu’à partir d’une certaine distance séparant le lieu d’origine du lieu de destination, une migration désignant alors un changement durable entre deux lieux distants. Il peut s’agir, par exemple, d’un déplacement trop lointain pour pouvoir continuer de se rendre au même lieu de travail, dans des circonstances normales. On peut aussi considérer qu’une migration est un transfert de résidence donnant lieu à une modification plus ou moins profonde de son espace de vie, celui-ci étant défini comme l’ensemble des lieux fréquentés par un individu. Un changement de résidence devrait donc, pour mériter le nom de migration, entraîner une rupture physique et sociale nette, pour l’acteur du mouvement. Dans certains pays, on considère qu’un changement de résidence n’est une migration que lorsqu’il y a franchissement d’une frontière administrative (commune, département, région…).
Etant donné l’arbitraire de ces critères, il nous semble préférable de considérer comme migration résidentielle tout changement de résidence, quelle que soit la distance séparant le lieu d’origine du lieu de destination, quitte à qualifier les mouvements selon un critère de distance (migrations intra ou intercommunales, migrations de « longue distance »…).
Se pose toutefois encore la question de la définition de la résidence. Pour certaines sous-populations, en habitation mobile ou sans habitation fixe, ce concept n’a en effet pas de signification. Pour les personnes séjournant pour une durée variable dans une collectivité (internat, hôpital, maison de repos, caserne, etc.), il importe de définir avec précision ce que l’on considère comme leur résidence « habituelle », par exemple en fixant une durée minimale de séjour.
Les migrations saisonnières sont des déplacements temporaires, impliquant en général au moins une nuit passée hors du lieu de résidence. Ces migrations peuvent avoir un motif économique (travail), un motif touristique…
Les migrations quotidiennes sont des déplacements de plus courte durée, entre le domicile et le lieu de travail, le lieu de scolarisation, les lieux d’achat, les lieux de loisir…
Des travaux récents tentent de dépasser cette coupure entre différents types de migrations, pour les analyser en lien les uns avec les autres. Ainsi, la migration résidentielle et la migration domicile-travail peuvent souvent être considérées comme complémentaires l’une de l’autre. Le développement de la multi-résidence remet également en question la notion simple de migration résidentielle, comme passage d’un logement à un autre.

Différentes approches de la migration

L’approche spatiale ou géographique des migrations s’intéresse au phénomène migratoire en termes de flux créant des interactions entre lieux distincts, les échanges entre les lieux donnant véritablement sa forme à l’espace géographique. Le pouvoir plus ou moins attractif ou répulsif des différents espaces sera un indicateur permettant de caractériser les lieux. Selon l’échelle à laquelle on se situe (des migrations internationales aux flux intra-urbains), les questions posées diffèrent.
L’approche socio-démographique considère les comportements migratoires, les caractéristiques des individus migrants. On s’intéressera au profil social, démographique des migrants, à leurs motivations. Le concept de cycle de vie, introduit depuis une vingtaine d’années dans de nombreuses études des migrations résidentielles, permet d’interpréter le comportement migratoire des individus en relation avec leur biographie totale, incluant les événements familiaux, scolaires et professionnels qu’ils ont vécus.
L’approche économique de la migration considère qu’elle est avant tout le résultat d’un comportement économique rationnel de la part des individus ou des ménages. Dans l’approche macro-économique, la migration est considérée comme un indicateur de déséquilibre. L’approche micro-économique place comme hypothèse la rationalité du comportement des individus dans leurs décisions de changer ou de ne pas changer de lieu de résidence. L’analyse purement économique conduit toutefois souvent à une impasse, étant donnée l’importance des dimensions sociales et culturelles dans la migration.

Différentes sources sur la migration

Il existe de nombreuses sources de renseignements sur les migrations.
Les registres de population qui, en principe, doivent enregistrer tous les changements d’adresse survenus dans le pays, peuvent, lorsqu’ils sont de qualité, être utilisés à des fins statistiques et analytiques.
En l’absence de registres de population, les migrations peuvent être saisies à l’aide d’autres documents administratifs, tels que le fichier électoral, le fichier de la sécurité sociale, le fichier de l’impôt… L’inconvénient majeur de ces documents administratifs est qu’ils ne sont pas exhaustifs de la population d’un pays. Dans certains pays, les progrès réalisés dans les appariements de fichiers leur confèrent toutefois donner un intérêt croissant.
Le recensement constitue une autre source de données sur la migration. Selon les pays, les questions posées dans le but d’analyser les migrations varient. Les plus fréquentes portent sur le lieu de naissance, la date de la dernière migration, le lieu de résidence antérieur à cette dernière migration, le lieu de résidence à une date antérieure et le lieu de travail. En France, la question a évolué ces dernières années : avant la rénovation du recensement intervenue en 2008, on interrogeait les individus sur leur lieu de résidence au 1er janvier de l’année du précédent recensement. Avec la mise en place d’un recensement annuel, on introduit une question sur le lieu de résidence 5 ans auparavant. En 2011, la question a à nouveau changé, afin de répondre aux exigences de la Commission Européenne : elle porte désormais sur le lieu de résidence un an plus tôt.
Enfin, les enquêtes constituent une source précieuse de renseignements pour l’analyse des migrations, en particulier lorsque l’on souhaite aborder des questions plus qualitatives, sur les motivations des migrants par exemple. Le développement des enquêtes biographiques qui permettent d’analyser les migrations des personnes en interaction avec les autres événements de leur cycle de vie a permis d’avancer dans la compréhension du phénomène.

Brigitte Baccaîni
Février 2015

mobilité résidentielle, « Les sens de la mobilité », espace de vie, « La double résidence », migrant